Comme beaucoup de parents, nous avons été confrontés aux alentours de 8 – 10 mois à des moments d’angoisse et des crises de pleurs lorsque nous confions notre fils à sa nounou, ou même à des proches dont il était moins familier. L’heure était venue de découvrir les bien nommées angoisses de séparation ! Nous avons alors décidé – comme vous sans doute – de nous renseigner pour accompagner au mieux notre fils.

Voici les fruits de notre enquête !

Vous y découvrirez ce qu’est l’angoisse de séparation, pourquoi c’est en réalité une bonne chose, comment elle se manifeste et comment la gérer concrètement

C’est parti !

Nous ne sommes ni médecins ni psychologues. Nos contenus ne doivent en aucun cas être considérés comme des avis médicaux. Toute question médicale doit être posée à un médecin.

L'angoisse de séparation

Qu’est-ce que l’angoisse de séparation ?

Une première définition de l’angoisse de séparation nous est donnée par le site Psychologie.com, qui la définit comme les “manifestations plus ou moins importantes d’angoisse lorsque l’enfant est mis en présence d’un étranger en l’absence de sa mère”.

Bon, nous vous avouons que nous n’avons pas trouvé cette définition complètement satisfaisante. 

Continuant notre recherche, nous tombons alors sur la définition qu’en fait Naître et Grandir, laquelle nous semble bien plus complète, compréhensible et “actionnable” dans notre vie de parents. La voici : 

“L’angoisse de séparation est une étape normale du développement des enfants qui survient vers 8 mois. À cet âge, un bébé commence à comprendre qu’il est une personne à part entière et non un prolongement de ses parents. Il se rend donc compte que ses parents et lui sont des personnes distinctes. Il fait aussi de plus en plus la différence entre les personnes de son entourage (parents, frère, sœur, grands-parents) et celles qu’il ne connaît pas. C’est pourquoi votre bébé souriait auparavant à tous les étrangers et, qu’à présent, il a l’air sérieux et intimidé en présence d’inconnus.

En plus d’avoir peur des nouveaux visages, votre bébé a aussi, et surtout, peur d’être abandonné. Quand il ne vous voit pas, il pense que vous êtes parti pour toujours. En effet, il ne comprend pas que lorsqu’il ne voit plus une personne ou un objet, cette personne ou cet objet existe toujours. C’est pourquoi l’on dit qu’il n’a pas encore acquis la « permanence de l’objet »”.

Source : https://naitreetgrandir.com/fr/etape/0_12_mois/soins/fiche.aspx?doc=angoisse-separation
Pour en savoir plus sur le concept de permanence de l’objet, consultez cet article très synthétique : http://developpement.ccdmd.qc.ca/fiche/permanence-de-lobjet-selon-piaget

Voici donc la triple cause de l’angoisse de séparation

  • Nos bébés différencient les visages étrangers des visages familiers vers 8 mois environ
  • Ils comprennent qu’ils sont des personnes à part entière, et qu’il ne font pas “un” avec leur maman et/ou leur papa
  • Ils ont peur que nous ne les ayons abandonnés lorsque nous ne sommes pas là : si nous ne sommes plus là, c’est que nous avons définitivement disparu.
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Au vu de la conception de la parentalité qui nous anime sur Petit mais Costaud, nous apprécions particulièrement la précision apportée par Naître et Grandir : “L’angoisse de séparation touche les deux parents, mais elle peut se manifester davantage envers celui qui passe le plus de temps avec l’enfant.”

Si l’âge de 8 mois est particulièrement mis en avant, les angoisses peuvent être présentes avant cet âge, et après. Elles relèvent d’un besoin de sécurisation affective tout à fait normal, qui doit être pris en compte et accompagné à tout âge. Selon “Le” Laurence Pernoud, ces angoisses de séparations peuvent perdurer pendant toute la petite enfance (soit de de 0 à 6 ans) : chouette !

Les angoisses de séparation, une bonne chose ? 

Oui, l’angoisse de séparation est une bonne chose !

N’hésitez pas à en faire une mantra, et à vous le répéter pendant les crises de pleurs, le soir au coucher, ou le matin avant de laisser votre enfant à la crèche ou chez la nounou :))

Bien que difficile, pour notre enfant comme pour nous parents, l’apparition de ces angoisses témoigne qu’il intègre les “premières différenciations sociales et affectives” (Laurence Pernoud). Il fait la différence entre ce qui est familier et ce qui ne l’est pas, entre lui et les autres. Il n’a pas les mêmes réactions en fonction des personnes en présence, il est réticent à être pris dans les bras par quelqu’un qu’il ne connaît pas, cherche les bras de ses parents…

Bien accompagnée, cette phase permettra à l’enfant de développer un sentiment de sécurité suffisant pour s’adapter aux différents et nécessaires changements auxquels il sera confronté : reprise du travail par maman et/ou papa, démarrage ou changement du mode de garde, puis début de la scolarisation, changements d’enseignants, déménagements, arrivée de frères et soeurs… Il saura également ajuster son comportement lorsque confronté à de nouvelles personnes ou situations.

Bef, votre bébé devient (déjà progressivement autonome et apprend à se passer de vous (sic) !

Comment se manifestent les angoisses de séparation ? 

Quel parent n’a pas connu la crise de pleurs, au moment où l’on quitte la chambre, quand on dépose son enfant à la crèche, quand on le place dans les bras d’une personne dont il est  moins familier, ou même lorsque l’on sort tout simplement de la pièce et qu’il nous perd de vue ?

Gérer angoisse séparation

Au-delà de ce symptôme manifeste, les angoisses peuvent se manifester de manières diverses, parfois subtiles : se mettre en colère bien sûr, être ronchon, mais également moins bien manger ou dormir plus difficilement.

Elles peuvent par ailleurs faire surface à différents moments : à la reprise du travail, au retour de vacances, lorsque l’on confie son enfant à une personne moins familière, ponctuellement ou plus durablement…

Comment gérer l’angoisse de séparation

Un prérequis : le sentiment de sécurité

Pour reprendre une expression utilisée par la psychothérapeute Isabelle Filliozat, il est clé de veiller à ce que le “réservoir d’amour” et de sécurité de nos enfants soit rempli.

Nous trouvons en effet cette image très utile dans ce contexte. Fournir régulièrement un sentiment de sécurité fort à notre enfant – par des paroles, des gestes, des câlins… – revient en quelque sorte à lui fournir autant de carburant, qu’il consommera plus ou moins vite en fonction des situations. Si la situation est peu stressante, la consommation sera faible. Si en revanche, le moment est source d’angoisse (cf notre paragraphe précédent !), le réservoir se videra à grande vitesse !

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L’attention continue et la sécurité procurées par nous parents depuis la naissance leur permettra d’augmenter progressivement la taille du réservoir, tout en en améliorant l’efficience (i.e. moins de consommation pour une même situation).

Si la psychologie vous sied mieux que les métaphores mécaniques, sachez que ce processus correspond à ce que le pédiatre Donal Woods Winnicott appelle le “sentiment continu d’exister” : la confiance et la sécurité intérieures qui permettront à l’enfant puis l’adulte de surmonter les épreuves auxquelles il sera confronté. 

5 conseils concrets pour gérer l’angoisse de séparation

Au-delà de la théorie, comment pouvez-vous concrètement aider votre enfant à vivre au mieux cette période de transition ? 

Voici quelques conseils concrets, à prendre, à adapter ou à laisser en fonction de vos besoins et de ceux de votre enfants, de vos envies et de vos contraintes :

  1. Prendre le temps d’expliquer avec des mots simples à votre bébé ou votre enfant. Expliquer ce qu’est l’angoisse de séparation, expliquer que vous êtes là pour lui, même quand vous n’êtes pas présent.e physiquement… Prévenir également à chaque fois, lorsqu’une séparation approche, ponctuelle (vacances, déplacement…) comme récurrente (crèche, nounou…). Comme expliqué dans notre article dédié à l’éducation bienveillante et au développement de l’enfant, les capacités d’anticipation et de planification de nos enfants restent limitées et nous jouons un rôle majeur pour les aider à la développer. Ici, comme pour beaucoup de chose, la répétition est la clé 🙂
  2. Lors de toute séparation concrète, ponctuelle ou récurrente, dire au revoir clairement et  ne pas partir en catimini ou pendant le sommeil de l’enfant.

Bien sûr, nos emplois du temps de working mum / working dad rendent la tâche parfois complexe. Comme beaucoup de parents sans doute, il nous est arrivé et il nous arrivera encore d’être imparfaits, de ne pas prendre suffisamment le temps un matin, un soir, de partir sans pouvoir le dire à notre fils car il s’est endormi avec la nounou… Parfois de ne pas vouloir “créer” de crise car il joue déjà calmement lorsque nous devons partir… La réalité quotidienne s’accommode difficilement d’un idéal inatteignable. Nous faisons au mieux, avec intention et attention et ne recherchons pas une perfection théorique et inaccessible 🙂

  1. Organiser ces fameuses “phases d’adaptation”, dont on parle particulièrement pour la garde d’enfants, mais qui peuvent également être mises en place dans d’autres circonstances, par exemple pour les vacances éventuelles chez les grands parents. Objectif : installer une double relation de confiance – entre les parents et la/les personne/s en charge de la garde de l’enfant ; entre l’enfant et ces personnes. A ce sujet, vous pouvez consulter les conseils très clairs de la CAF en cliquant ici. C’est l’occasion de créer un lien étroit qui permettra la continuité pour l’enfant entre la maison et la crèche (ou autre mode de garde). Continuité également entre les les parents et la crèche, l’assistante maternelle ou la nounou dans l’indentification des centres intérêts de l’enfants, le respect de ses rythmes (alimentation, sommeil…) et dans l’accompagnement de ses apprentissages et difficultés 
  2. Eviter d’introduire un (autre) changement majeur à ce moment-là. Si l’on prend à nouveau l’exemple de la garde d’enfant, il s’agit alors de bien cadrer le mode de fonctionnement avec la crèche, l’assistante maternelle ou la nounou pour s’assurer que le rythme, les habitudes et le fonctionnement de votre enfant sont respectés au mieux. Ce n’est par ailleurs pas forcément le meilleur moment pour essayer de nouvelles choses, comme par exemple supprimer la tétiné 🙂 
  3. Faciliter la transition en créant un “lien matériel” entre vous et votre enfant lorsque vous le confiez à quelqu’un. Que ce soit son doudou s’il en a un, un objet qu’il aime particulièrement (un jouet, un simple morceau de tissu), ou quelque chose qui soit créé pour l’occasion (comme un dessin dessiné sur son poignet chaque matin, ou un bisou fait avec du rouge à lèvre – qu’il peut regarder quand il en a besoin) : ces éléments remplissent la même fonction. Ils permettent à votre enfant de créer une continuité entre l’environnement sécurisant de la maison et de votre présence, et celui moins familier où il se trouve. Il se sent alors davantage sécurisé grâce à cet objet, ce dessin… qui sont chargés d’émotions et qui lui permettent de ne pas se sentir seul.
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L’odorat joue un rôle puissant pour susciter des émotions. Dormir avec le doudou – un vêtement ou un objet  – que votre enfant garde ensuite avec lui pourra l’aider à se sentir sécurisé. Il peut aussi s’agir de la turbulette, d’un lange ou d’un objet avec lequel il dort lui-même.

Le rôle de l’objet transitionnel dans la gestion de l’angoisse de séparation 

Connaissez-vous le concept d’objet transitionnel ? Formalisé par le pédiatre Donal Woods Winnicott, il permet de comprendre l’importance que revêt le doudou pour de très nombreux enfants – et parents – et pourquoi il ne suffit pas de remplacer l’ours en peluche par un lapin (ou inversement) lorsque le doudou est perdu !

L’objet transitionnel, selon Winnicott, “représente la transition du bébé d’un état de fusion avec la mère à un état de relation avec la mère en tant que personne extérieure et séparée”.

Doudou objet transitionnel

Concrètement, lorsqu’il accède au rang de doudou, cet objet – qu’il s’agisse d’une peluche ou d’un simple morceau de tissu – devient synonyme de sécurité, de réassurance, de présence, de bien-être…. Il permet à votre enfant de ne pas se sentir seul lorsque vous n’êtes pas là, et de retrouver les sensations de sécurité et de sérénité qu’il ressent avec vous.

Alors un conseil : une fois que votre enfant a identifié “son” doudou, achetez en plusieurs exemplaires 🙂

Nous avons observé cela chez notre fils à partir de 10/11 mois…. Alors que les diverses peluches et autres doudous potentiels disposés autour de lui lui étaient totalement indifférents jusqu’à ses 10 mois, il s’est soudain pris d’affection pour un petit lapin en peluche. Il le serre à présent contre lui tous les soirs pour s’endormir. Etant à peu près certains que ce lapin avait été dorénavant promu doudou officiel, nous nous sommes empressés de le commander à nouveau en deux exemplaires 🙂

Et si mon enfant n’a pas de doudou, est-il normal ?

Oui, bien sûr ! Selon le Laurence Pernoud, certains enfants très sécurisés n’ont pas besoin de doudou. Nul besoin alors de vouloir leur en trouver un 🙂 Souvent, c’est la succion du pouce qui leur permet alors de se sentir rassurés.

L’angoisse de séparation : sources et ressources

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