Vous l’avez compris en lisant notre article dédié à l’éducation positive et bienveillante , nous adhérons à ses principes – respect et autonomisation de l’enfant, accompagnement dans la réflexion, la compréhension des valeurs, des conséquences de ses comportement, dans l’expérimentation et la découverte de son environnement, fixation d’un cadre et de règles…

Pour autant, nous avons une vision pragmatique de la parentalité, et de la nécessité que ces grands principes soient compatibles avec notre quotidien parfois éreintant de parent. C’est pourquoi l’intention de bien faire est pour nous centrale, plus que le fait d’avoir le comportement parfait à l’instant T. Ces situations où nous nous sentons dépassés sont cependant autant d’occasion, a posteriori, d’échanger avec nos enfants pour expliquer – voire nous excuser – et réfléchir aux fonctionnements différents que l’on pourrait adopter à l’avenir. Sans culpabilité (trop forte), mais avec intention…

Alors, pour ouvrir le chemin des possibles, nous avons souhaité vous partager dans cet article quelques clés pour gérer les situations concrètes du quotidien et fixer des règles adaptées

Au moment où nous écrivons cet article, notre fils vient de célébrer son premier anniversaire. Nous ne sommes bien sûr pas les mieux placés pour conseiller des comportements à adopter dans des situations que nous n’avons pour certaines pas encore vécues. Nous espérons néanmoins que ces pistes de réflexions, issues de nos connaissances en psychologie et neurosciences, de la lecture des expert.e.s du domaine et de notre expérience de parents vous accompagneront utilement dans vos réflexions !

Comprendre le cerveau de nos enfants pour fixer des règles adaptées

Parmi les préceptes prônés non seulement par les spécialistes de l’éducation bienveillante, mais aussi par les psychologues et les neuroscientifiques, figure la nécessité de prendre en compte les stades de développement de l’enfant.

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Les stades de développement, qu’est-ce que c’est ? 

Vous le savez sans doute, le cerveau de nos enfants n’est pas mature lorsqu’ils arrivent au monde. En fait, il ne le sera pas avant l’âge adulte ! Et parmi les parties qui se développent au cours des années figure le cortex préfrontal, en charge notamment des fonctions exécutives.

Les fonctions exécutives, ce sont elles qui nous permettent de réguler nos émotions, d’adopter un comportement adapté à une situation donnée, d’inhiber une réaction inadaptée ou encore d’anticiper et de planifier nos actions…

Concrètement, c’est le développement de ces fonctions exécutives qui nous permet par exemple de gérer la frustration, et de ne pas éclater en sanglots parce qu’il n’y a plus de moelleux au chocolat !

Pour vous en convaincre, regardez ci-dessous la maturation de la matière grise – représentée par les zones bleues – de l’enfance (5 ans) à l’adolescence et l’âge adulte (20 ans). Gogtay N1, 2004.

stade de développement enfant

Ainsi, il est tout simplement normal que nos enfants aient des difficultés à gérer leur frustration, à inhiber certains comportements ou à se concentrer sur une tâche particulière (ce qui implique d’inhiber l’envie de faire autre chose)…

Pour y voir plus clair, voici une très courte vidéo (2mn) qui vous explique ce que sont les fonctions exécutives : https://youtu.be/AUzI05WsGnQ

En synthèse : “l’enfant n’est pas réfractaire aux consignes, son cerveau n’est tout simplement pas assez mature”. 

Ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas poser de cadre, mais qu’il faut prendre en compte le stade de développement de notre enfant dans la manière dont on le pose !

Education bienveillante : Quelques clés pour fixer les règles

L’un des enjeux principaux est donc d’aider nos enfants à développer ces fameuses fonctions exécutives. Ils apprendront ainsi progressivement à choisir une activité et maintenir leur attention, à gérer leur frustration et leurs émotions, ou encore à planifier une action ou une activité, et à en anticiper les conséquences (la fin de la sortie à l’aire de jeux par exemple…).

Pour cela, on peut dans un premier temps exprimer une consigne de manière claire, concise et précise. Par exemple : nous irons au parc pendant 30 minutes. Tu pourras jouer dans le sable, faire du toboggan, etc… puis nous rentrerons calmement lorsque je dirai que c’est l’heure de rentrer.

Règles éducation bienveillante

On demandera alors à l’enfant s’il a compris la consigne, et s’il peut l’énoncer lui-même et la réexpliquer. Bien sûr, les répétitions seront nombreuses 🙂

On pourra ensuite aider l’enfant à se projeter et à planifier ce moment en lui posant des questions. Que voudras-tu faire ? Jouer dans le sable ? Faire du toboggan ? jouer avec les autres enfants ? Que voudras-tu emmener ? On pourra ensuite l’aider à préparer les affaires nécessaires en amont.

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Ah… vient ensuite l’heure de la sortie ! On rappellera (à nouveau) la consigne, on l’aidera à solliciter sa mémoire pour se rappeler ce qu’il voulait faire et emporter.

Et lorsque les 30 minutes sont écoulées ? Eh bien, on rappellera la consigne (encore) : les 30 minutes sont passées, il est temps de rentrer !

Oui mais, l’envie de rester est plus importante que l’accord préalable de partir. Alors, comment faire ?

Comment gérer les crises ?

Expliquer dans un premier temps, avec calme et assurance, et substituer au “Non” abrupt, le “Non, parce que” : “non, parce que nous étions d’accord, nous rentrons après 30 minutes”,”non, parce qu’il est l’heure de prendre le bain…”. 

Et si cela ne suffit toujours pas, et que cette session d’éducation positive tourne à la crise de nerf généralisée ?

Accueillir dans un premier temps l’émotion de l’enfant (si vous connaissez la communication non violente, elle vous sera ici utile ! Sinon, vous pouvez consulter cet article) “je comprends que tu sois fâché / frustré parce que je te demande de rentrer et tu as envie de rester jouer”… et exprimer votre désaccord : je comprends mais je t’ai expliqué que nous devons rentrer.

Parfois, le fait d’amener notre enfant à se projeter sur la suite peut suffir à désamorcer la situation : que voudras-tu faire quand nous serons rentrés ? Veux-tu voir maman/papa ce soir ? Que lui diras-tu ?….

Si la situation devient critique et que l’enfant perd ses moyens, la psychothérapeute Isabelle Filliozat conseille de le contenir fermement physiquement (pour éviter qu’il ne se blesse), de rester près de lui et de  lui parler doucement et calmement (surtout,  d’éviter de lui demander de se calmer en nous énervant nous-mêmes. Cela ne fonctionne pas entre adultes, alors pourquoi cela fonctionnerait-il avec un enfant 🙂 )

Enfin, penser a priori, sur le moment ou a posteriori, à remplir le “réservoir d’amour” de son enfant, comme le nomme Isabelle Filliozat, spécialiste de l’éducation positive et bienveillante. Quoi que l’on pense de ce terme, il a le mérite d’être très clair. L’estime de soi est fondamentale pour le développement de l’enfant, et nous avons un rôle majeur à jouer pour la construire, par les sourires, les câlins les bisous et toutes les attentions, petites ou grandes du quotidien !

4 pistes pour fixer des règles d’éducation bienveillantes

L'éducation bienveillante

Terminons avec quelques pistes de réflexions pour accompagner nos enfants dans leur quotidien, ou se sortir parfois de mauvais pas :

  • Elaborer les règles en amont, idéalement avec les enfants (tout en étant bien sûr décisionnaire in fine !), afin de leur permettre 
    • de participer à la réflexion pour mieux comprendre le pourquoi de chaque règle
    • d’avoir le temps de l’intégrer 
  • Faire référence régulièrement aux règles (répéter, répéter, répéter…) tout en les exprimant de manière simple… elles peuvent même se résumer en un mot (exemple : rangement) 🙂
  • Offrir des alternatives – parfois limitées – et proposer des missions en ligne avec les valeurs et les comportements que l’on souhaite voir adoptés ! – pour aider notre enfant à faire des choix, et l’orienter vers ce qu’il peut faire plutôt que ce qu’il ne peut pas faire. Cela peut vous sortir de discussions laborieuses !
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Exemple 1 : entendu chez une youtubeuse : “mon fils ne voulait plus marcher pour rentrer à la maison. Je lui ai demandé : préfères-tu marcher devant maman ou derrière maman ? Il a répondu : devant maman. Il s’est remis à marcher sans plus de négociation !”

Exemple 2 : au supermarché, terrain d’expérimentation par définition de la résistance à la frustration. Plutôt que de consacrer une énergie importante au “non, tu ne peux pas prendre ça parce que…”, vous pouvez confier des missions à votre enfant : peux-tu aller chercher 3 pommes ? Préfères-tu aller chercher le papier toilettes ou les jus de fruits ?”

Exemple 3 : avec un bébé. Accompagner le fait de retirer la télécommande de ses mains certes d’un “ça, tu ne peux pas”, mais aussi de 3 à 4 jouets ou objets du quotidien adaptés, pour réorienter son attention !

  • Exprimer les conséquences du non respect des règles, et définir des actes de “réparation” si l’enfant ne respecte pas une règle. Exemple : nous ne pourrons pas partir au parc tant que tu n’auras pas rangé les jouets.

Vous avez sans doute déjà testé un certain nombre de ces conseils, et la difficulté réside bien plus dans leur application que dans la théorie !

Ils nous semblent néanmoins constituer un fil conducteur intéressant, à avoir en tête dans le quotidien avec nos enfants, tout en ayant conscience que chaque enfant et chaque situation sont uniques 🙂 

Partagez-nous en commentaires vos retours d’expériences, vos meilleurs conseils pour aider vos enfants à réguler leurs comportements, ou vos plus grands échecs 🙂

Education bienveillante : sources et ressources  

  • Livre J’ai tout essayé, d’Isabelle Filliozat, psychothérapeute spécialiste de l’éducation positive et bienveillante
  • https://des-outils-pour-apprendre.com/aidez-son-cerveau-a-mieux-reguler-son-comportement/
  • https://actimomes.com/faire-respecter-regles-maison/
  • https://youtu.be/AUzI05WsGnQ
  • https://yoga-et-psychologie.com/les-4-principes-de-la-communication-non-violente/
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