Nous avons rencontré Sandra, psychomotricienne, lorsque notre fils né prématuré était hospitalisé en réanimation néonatale et néonatalogie.

Sandra a accepté de répondre à nos questions pour nous partager son parcours, la manière dont elle accompagne les bébés prématurés et leurs familles, ce qu’est la psychomotricité et encore bien d’autres sujets !

Pouvez-vous vous présenter et nous présenter votre parcours ?

Je suis psychomotricienne diplômée depuis 2001.

Après mon Bac S et une année de préparation au concours d’entrée, j’ai intégré l’école de psychomotricité de la Pitié Salpêtrière à Paris. Trois ans d’études plus tard entre cours à la fac et différents stages, j’ai obtenu mon diplôme d’État.
J’ai ensuite travaillé sur deux mi-temps pendant presque 3 ans : en psychiatrie adulte et en pédopsychiatrie au sein d’un CMP.

A partir de 2004, j’ai eu un temps plein au CMP (Centre Médico-Psychologique) où je suis restée jusqu’en 2017. J’y ai vécu des années riches en rencontres et projets ! Mais les changements dans ma vie personnelle (naissance de mes enfants, déménagement) ainsi que l’envie de travailler avec une autre population et différemment m’ont amenée à postuler pour une offre de poste en néonatalogie à l’hôpital Antoine Béclère. C’était une envie que j’avais depuis quelques temps, l’opportunité était trop belle !

Quelques mois après, j’ai pu obtenir le poste libéré en réanimation néonatale, pour être ainsi à temps plein sur l’hôpital et dans la continuité des deux services.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir psychomotricienne ?

Depuis assez jeune,  je savais que je voulais m’orienter dans le domaine du soin et plus particulièrement auprès des enfants. J’ai pensé jusqu’en terminale à me lancer dans des études de médecine pour être pédiatre. Mais j’ai été découragée par la difficulté et la longueur des études !

Je voulais une profession plus dans la pratique et plus dans l’aide à autrui, au travers d’une relation et d’un lien particulier et différent. En faisant des recherches, j’ai lu un article sur la psychomotricité. Et cela correspondait tout à fait à ce que je souhaitais.

Pourquoi avoir fait le choix de travailler en néonatologie pour accompagner les bébés prématurés et leurs parents ?

J’ai toujours été attirée par le domaine de la petite enfance et des bébés en particulier. Il y a un côté assez fascinant et parfois encore  mystérieux dans le développement des bébés et dans leurs compétences !

Au fil de ma pratique en CMP, je me suis de plus en plus interrogée sur les origines des troubles des enfants suivis. Je sentais bien qu’il y avait des choses à reprendre dans la base du développement, dans les premières acquisitions et dans les premières expériences de vécu corporel.

Parallèlement, des suivis de bébés avec leurs parents se sont développés dans le service. Ce qui m’a permis de me replonger dans le développement du tout-petit, comment le soutenir aussi dans le lien aux parents.

J’ai ensuite fait une formation sur la place du psychomotricien en néonatologie qui m’a apportée de nombreuses réponses. Cela m’a aussi confortée dans mon souhait de travailler auprès des bébés prématurés et vulnérables. Être au plus proche du début de la vie et du début de la construction de l’enfant en tant qu’individu. Intervenir en néonatalogie, c’est avoir l’occasion de proposer des soutiens corporels précoces nécessaires au développement du bébé le plus harmonieux possible.

C’est aussi l’occasion de soutenir les parents. Les soutenir dans leurs sentiments de compétences parentales, souvent mises à mal dans le contexte de la prématurité.

Que proposez-vous en tant que psychomotricienne pour les accompagner ?

A la naissance, le bébé est soumis à un changement d’environnement radical. En cas de prématurité, il n’est pas encore prêt à affronter ce nouvel environnement très stimulant, voire irritant au niveau sensoriel notamment. Les soins réguliers lui font connaître des sensations corporelles nouvelles, parfois inconfortables. Celui-ci ne peut pas les gérer facilement, ne laissant pas souvent la place à la détente, au bien-être.


En psychomotricité, il s’agit de proposer au bébé prématuré des expériences corporelles et sensori-motrices positives. Celles-ci vont contrebalancer les sensations plus difficiles à vivre lors de l’hospitalisation. Proposer des soutiens et des sollicitations permettant la découverte du corps dans le plaisir. Cela est essentiel pour que le bébé ait la possibilité de développer toutes ses compétences dans un équilibre émotionnel. Ces expériences peuvent être des contacts corporels contenants et rassurants, des mobilisations douces qui vont enrichir les sensations, la connaissance du corps et soutenir des schémas posturaux adaptés, des bercements, du portage

Il s’agit aussi et surtout de permettre la rencontre entre le bébé et ses parents. De proposer un temps entre parenthèses dans un milieu très médicalisé, souvent empreint d’inquiétudes. L’approche en psychomotricité est d’offrir aux triades parents-bébés des moments de partage et de plaisir au travers de différentes médiations. Cela peut être dans un premier temps, une observation commune pendant des soins, trouver ensemble ce qui peut convenir le mieux au bébé en termes de soutiens, de contenance ou d’installation.

C’est aussi accompagner les parents dans la découverte des compétences de leur enfant. Dans l’accordage tonico-émotionnel. Puis dans ce qu’ils peuvent proposer pour favoriser et accompagner l’éveil corporel et moteur de leur bébé.

L’accompagnement se fait également auprès des équipes soignantes. Au travers de formations, de recommandations de soins adaptés aux bébés, des soins réalisés à 4 mains, de réflexion aux positionnements des enfants…

En quoi des exercices de psychomotricité sont-ils particulièrement utiles pour nos bébés et enfants nés prématurément ? En quoi pratiquer des séances de psychomotricité pour nos bébés vous semble-t-il important voire essentiel pour leur développement ?

La psychomotricité est une thérapie à médiation corporelle basée sur le lien entre le corps et la vie psychique, affective et émotionnelle. Elle intègre les dimensions développementales, psycho-affectives et relationnelles

La base de l’approche en psychomotricité avec les bébés est le soutien au développement sensoriel et moteur, dans la relation et le plaisir. Par cette médiation corporelle, l’enfant renoue avec un corps-plaisir, qui a été  peu vécu lors des soins répétés. Le toucher, le fait d’être mobilisé ne sont plus seulement liés à des sollicitations inconfortables ou douloureuses connues. Mais elles peuvent être ressenties comme agréables, apportant un bien-être.

Par les interactions, les sollicitations corporelles et sensorielles ainsi que les postures variées, le bébé s’éveille, apprend à connaître son corps et à découvrir toutes ses compétences motrices. Il s’agit de proposer des expériences différentes et nouvelles, adaptées au rythme et aux compétences de chaque enfant.

Votre enfant devient acteur de son développement ! Ce qui est essentiel pour un enfant né prématuré qui a beaucoup subi au cours de l’hospitalisation. Les sollicitations sensori-motrices vont lui permettre de connaître des sensations corporelles et toniques nouvelles. De commencer à s’orienter et à s’engager dans sa motricité d’abord involontaire et encore peu coordonnée. Le bébé crée ainsi un répertoire de mouvements et de réactions posturales dont il pourra se servir pour l’émergence de sa motricité volontaire et plus dirigée.

En tant que psychomotricienne, que pensez-vous des “cibles” en contrastes utilisées en néonatologie ? Quelle est leur utilité et leurs bienfaits ?

Les cibles sont très intéressantes pour les bébés prématurés. Il s’agit d’images le plus souvent en noir et blanc, avec des figures ou motifs géométriques. Elles sont installées sur les parois des incubateurs et des lits des bébés. Elles sont issues des travaux d’André Bullinger qui s’est beaucoup intéressé au développement du bébé et à l’impact de l’environnement (les flux sensoriels) sur celui-ci.

Les cibles sont de plus en plus utilisées dans les services de réanimation néo-natale et de néonatologie. En effet, elles permettent au-delà de la stimulation visuelle, d’apporter un point d’accrochage au niveau visuel dans l’environnement de l’incubateur, égalant les points d’accrochages corporels.

Elles permettent aussi de redonner de la cohérence à cet environnement stimulant. Elles permettent de soutenir les compétences d’orientation du bébé face aux sollicitations reçues puisque la source est unique et stable (contrairement à ce que le bébé perçoit depuis sa couveuse).

Plus tard, les cibles peuvent être utilisées pour solliciter le bébé dans ses mobilisations. Une fois l’image captée par le regard, la poursuite visuelle va permettre un engagement d’abord tonique puis corporel et moteur.

On retrouve les expériences sensori-motrices dont le bébé se nourrit tout au long de ses 1ers jours de vie.

Vous recommandez le portage, quel est son intérêt ? Y a-t-il de bons gestes à avoir ?

Pour soutenir au mieux la croissance et le développement du bébé, nous devons veiller à protéger son cerveau immature. Celui-ci est vulnérable et extrêmement sensible à son environnement.

Les bébés ont besoin d’être et de se sentir en relation, protégés des situations de stress, de danger et d’isolement. Pendant cette période, le bébé a besoin de contacts rapprochés et répétés pour la maturation cérébrale. Les bras sont le lieu idéal pour poursuivre la croissance.  Le portage participe à cette maturation en assurant protection et équilibre.

Le portage répond à un des besoins fondamentaux du bébé et permet de développer de nombreuses compétences : psychomotrices (sollicitations sensori-motrices régulières), socio-affectives, capacités d’auto-régulation

Il répond aussi au besoin des parents ! C’est un très bon soutien au sentiment des compétences parentales : en apportant une réponse adaptée aux manifestations du bébé, le parent se sent en confiance. C’est aussi l’occasion d’enrichir ses compétences d’observation facilitée par la proximité corporelle.

Le portage s’inscrit totalement dans le maternage et participe au processus d’attachement. Plus vous porterez vos bébés, plus ils se sentiront en confiance et sécurisés, prêts à explorer le monde en toute sérénité. Les légendes familiales qui assurent que porter un bébé est le rendre capricieux et dépendant sont bien fausses ! C’est tout l’inverse qui se passe !

Le geste principal à avoir en tête est le soutien du bassin (« soutien de la base ») : cette zone est très sécurisante et contenante pour un tout petit et son soutien assure un bon arrondi du dos. La colonne vertébrale est donc protégée, l’axe étant encore hypotonique (peu musclé) les premières semaines de vie. L’enroulement et les postures en flexion rassurantes (car elle rappelle aussi la position fœtale in utero) sont importants pour une mise en place harmonieuse des premières acquisitions. Le bébé a aussi une sensation de contenance et de sécurité corporelle.

On évite surtout de porter bébé sous les aisselles, le bas du corps non soutenu.

Quels conseils pourriez-vous donner aux apprentis parents qui suivent notre blog Petit mais Costaud (que leurs enfants soient nés prématurément ou non) ?

D’abord et avant tout, de prendre du plaisir avec leurs enfants ! Le plaisir de jouer, d’échanger, de faire vivre de nouvelles expériences, sans pression quant aux performances de leurs bébés. Chaque enfant va à son rythme ! L’essentiel est de l’accompagner et de lui proposer des soutiens qui vont l’aider à découvrir toutes ses compétences corporelles, sur le chemin de l’autonomie. Il s’agit finalement plus de solliciter que de stimuler : l’enfant est acteur, c’est lui qui nous guide et nous donne ses réponses.

La variation des situations et des installations au cours d’une journée ou d’une période soutient le développement psychomoteur et la richesse des expériences sensorielles et motrices. Cela permet aussi de limiter les postures préférées et l’apparition de plagiocéphalie («tête plate»).

Il n’y a aucune obligation à solliciter son bébé tous les jours, d’autant plus que cela est soumis à son éveil (courts les premiers mois) et à une bonne disponibilité de sa part. Observez vos bébés afin de trouver le meilleur moment. Et si cela n’est pas possible, pas d’inquiétudes ! Il se passe aussi énormément de choses au cours des repas, des soins, du portage, de la vie au quotidien.

Avez-vous des projets ou actualités dont vous aimeriez nous parler ?

A l’initiative d’une puéricultrice dans le service de réanimation néo-natale, nous pouvons depuis peu proposer des « petites pieuvres » aux bébés prématurés. Elles sont réalisées par des bénévoles de l’association « Petite Pieuvre Sensation Cocon ». Elles offrent un véritable soutien au développement du bébé et au lien parents-enfants.

En néonatologie, nous travaillons sur « un livret de sortie » à donner aux familles. Le but est de leur donner des informations et des conseils de soutien au développement à l’arrivée à la maison.

Souhaitez-vous laisser vos coordonnées pour les parents qui aimeraient une consultation avec un.e psychomotricien.ne ?

Une consultation n’est pas possible malheureusement. Ne travaillant que sur l’hôpital, je reçois essentiellement les enfants suivis dans le cadre hospitalier.

Je peux par contre être disponible pour tout conseil ou éventuelle orientation à sandra.posine@aphp.fr.

Un grand MERCI à Sandra, pour son accompagnement aujourd’hui encore, et pour avoir pris le temps de répondre à toutes nos questions !

Nous espérons que cet article vous aura intéressé et aura répondu à certaines de vos questions ! N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires.

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