Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Bonjour, je m’appelle Karine Godard, je suis orthophoniste depuis 2013. Après 5 ans avec un mi-temps à l’Instiut d’Education Motrice (IEM) de Bailly, je suis maintenant à plein temps en cabinet libéral. Je m’occupe principalement de tout petits 0-6ans. Je me suis spécialisée dans les troubles du langage chez l’enfant porteur de handicap.

J’utilise notamment le makaton qui est un langage signé, ainsi que d’autres moyens de communication alternative (PECS, code pictographique) pour permettre à l’enfant de s’exprimer.

En quoi l’orthophonie vous semble-t-elle importante pour l’accompagnement et le développement des enfants ?

L’orthophoniste est un thérapeute spécialisé dans l’évaluation et la rééducation des troubles de la  communication et du langage.

Dès sa naissance, le bébé communique : il crie, il pleure, puis il apprend à rire vers 2-3 mois et commence à dire ses premiers mots autour de 12 mois. Les enfants développent leur langage entre 1 et 3 ans mais les habiletés de communication commencent à apparaître dès le début de leur vie.

Le rôle de l’orthophoniste chez le jeune enfant est de veiller à la bonne émergence de ces prérequis à la communication par le biais de jeux proposés aux tout petits, de stimulation bucco-faciale et surtout de guidance parentale. Une prise en charge précoce favorise un meilleur développement global de l’enfant.

En quoi l’orthophonie peut-elle être particulièrement utile pour nos enfants nés prématurément ?

Le rôle premier de l’orthophoniste auprès des enfants prématurés est la stimulation bucco-faciale. Les enfants prématurés peuvent en effet éprouver des difficultés à téter ; l’allaitement au sein, ou même le biberon, devient alors source de stress pour les parents et l’enfant. L’orthophoniste intervient par des petits massages bucco-faciaux et en guidance parentale pour stimuler la sphère orale.

Par ailleurs, des études ont montré que les enfants nés prématurément avaient plus de risque de développer un trouble du langage oral ou plus tard du langage écrit. Le rôle de l’orthophoniste est donc d’accompagner aussi les parents et leur bébé dans l’émergence des précurseurs à la communication : vocalisations et babillages, imitation motrice et verbale, compréhension non verbale, tour de rôle, attention conjointe, permanence de l’objet, jeu symbolique, capacité d’attention…

J’encourage fortement les jeunes parents à se lancer dans l’aventure de la langue des signes pour bébé. Cette langue des signes a pour but de permettre la communication avec des enfants qui ne peuvent ou ne savent pas encore parler. En effet, dès 7 mois, le bébé est capable de produire un geste pour exprimer une demande avant de pouvoir l’oraliser : « un gâteau », « encore », « jouer », « pipi »…: Le bébé, assuré de la compréhension de l’adulte, est alors moins frustré, ce qui limite les troubles du comportement. Cela ne retarde en aucune façon l’apparition du langage, car le signe est toujours accompagné de la parole. La compréhension est aussi facilitée pour le bébé, qui a une entrée auditive par la voix de ses parents et une entrée visuelle par le geste. Le bébé dès 6-7 mois peut alors prendre une part active dans la communication, en signant ses demandes.

On retrouve maintenant de nombreux ouvrages sur Bébé signe dans les libraires, et de nombreuses crèches le pratiquent.

Quels conseils pourriez-vous donner aux apprentis parents qui suivent notre blog Petit mais Costaud (que leurs enfants soient nés prématurément ou non) ?

Dès tout petit, le bébé peut être stimulé autour de la sphère bucco-faciale.  Il ne faut pas hésiter à lui tapoter les lèvres, lui masser les joues, chatouiller la commissure des lèvres pour encourager une bonne tonicité buccale et des mouvements linguaux.

Quand le bébé grandit, je vous encourage à faire des jeux de souffle (bulle, flûtes…) et à faire boire vos enfants à la paille pour continuer de tonifier la sphère bucco-faciale, tout en travaillant le recul de langue nécessaire à de nombreux sons de la langue française.

Pour développer les prérequis à la  communication, vous pouvez utiliser les objets du quotidien : vider et remplir des boites, faire des échanges de balle, jouer chacun son tour en disant «à toi, à moi », faire des jeux d’encastrement, ou d’empilement, le « coucou-caché »… Il est très important de valoriser votre enfant dans ses réussites (« bravo », applaudissements…).

Enfin, ne demandez pas à votre bébé de répéter s’il a mal prononcé le mot, redonnez lui seulement la bonne version. Par exemple, si le bébé vous demande la « patur » pour la voiture, vous pouvez la lui donner en lui disant «  ah oui tu veux la voiture, tiens voilà la voiture ». Et n’hésitez pas à proposer à votre enfant un bain de langage en commentant vos actions, en lui lisant des histoires, en racontant ce que vous voyez ensemble…

Avez-vous des projets ou actualités dont vous aimeriez nous parler ?

Lors du premier confinement, je me suis demandé comment garder le lien avec mes patients et leurs parents. J’ai donc depuis créé une chaîne Youtube pour encourager les parents et les enfants à introduire les gestes makaton dans leur quotidien, notamment au moment du rituel de l’histoire du soir. Ma chaîne Youtube s’appelle « les Histoires de Karine ». Je l’alimente régulièrement et mes patients choisissent les histoires qu’ils veulent me voir conter. Chaque histoire vous permet de découvrir deux gestes makaton.

Le support de la chaîne Youtube est avant tout une aide pour les parents car il est important de limiter le temps d’écran des enfants et de favoriser les échanges en direct. N’hésitez pas à vous abonner (vous pouvez cliquez ici pour découvrir la chaîne) !

Merci beaucoup Karine d’avoir accepté cette interview !

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