Vous êtes vous déjà intéressé.e à l’ostéopathie pour bébé, pour vos enfants ou pour vous ? Pour notre part, nous sommes convaincus des bienfaits de cette pratique depuis des années et les consultations avec notre ostéopathe ont soulagé bien des maux. C’est donc tout naturellement que j’ai continué les séances d’ostéopathie lorsque j’étais enceinte, pour soulager les douleurs liées à la grossesse (cela ne fait pas partie des démarches obligatoires pendant la grossesse – nous en parlons ici – mais cette pratique devrait pourtant être fortement encouragée !). Et c’est tout aussi naturellement que nous avons emmené notre fils né prématurément pour sa première séance d’ostéopathie, à sa sortie de l’hôpital.

Dans cet article, nous vous partageons le témoignage et les conseils de Séverine Prat, spécialisée en ostéopathie périnatale et pédiatrique, au parcours passionnant et inspirant, clairement porté sur le soin des bébés et nouveau-nés prématurés. Vous découvrirez concrètement les bienfaits de l’ostéopathie pour bébé, pour accompagner le développement de nos enfants, nés à terme ou prématurément.

Nous avons rencontré Séverine lorsqu’elle faisait partie de l’unité de réanimation néonatale dans laquelle était notre fils, une des fées qui prennent tant soin de nos bébés nés prématurément et dont la bienveillance et l’écoute sont essentielles ! Séverine est aujourd’hui notre ostéopathe à tous les 3 🙂

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ? 

Je suis infirmière et ostéopathe, et également maman de 3 enfants. J’ai grandi dans les Hauts de France, puis je suis venue à Paris pour mes études d’infirmière. J’ai commencé mon parcours à Necker puis j’ai rejoint l’hôpital Béclère après quelques années. C’est à ce moment que j’ai rencontré Clément, 7 ans, mon petit voisin qui allait devenir mon fils. Il m’a présenté son père et après une amitié solide, nous sommes devenus un couple et avons agrandi la famille avec l’arrivée d’Erwann, puis de Camille. 

Ma famille m’a toujours soutenu dans mon projet de prendre soin des autres et je leur dois beaucoup, ils sont ma force et mon courage. 

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être infirmière. Ma grande sœur l’était et quand elle faisait ses études, j’avais 10 ans, je l’aidais le soir à réviser ses cours. C’est comme ça que j’ai découvert la médecine, qui m’a passionnée. Je suis devenue infirmière à mon tour, pour prendre soin des patients et c’est vers la pédiatrie que je me suis tournée. J’ai fait mes études à Necker et j’y ai travaillé pendant 4 ans. Puis j’ai rejoint la réanimation néonatale de l’hôpital Béclère où je suis restée pendant 13 ans. 

C’est au cours des soins auprès des enfants prématurés en réa néo nat [NDLR : réanimation néonatale] que m’est venue l’idée, l’évidence de devenir ostéopathe. 

Pourquoi vous êtes-vous tournée vers l’ostéopathie pour bébé, alors même que vous travailliez en réanimation néonatale ?
   

Depuis 3 ans que je travaillais en réa néo nat, j’étais devenue plus sûre de moi dans mes prises en charge, dans la réalisation de mes soins, mais il me manquait quelque chose, je ne savais pas quoi. Être plus utile, plus efficace, apporter un complément qui ferait la différence pour les enfants… c’était très flou dans ma tête, j’ai envisagé de devenir puéricultrice et j’ai fait les démarches mais le service a refusé mon départ, 3 autres infirmières partant déjà pour l’école… 

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Et Nihel est arrivée. 

Nihel est une petite fille, née très grande prématurée. Je me suis occupée d’elle et de sa famille pendant 8 mois, j’étais l’une de ses infirmières référentes. Elle a traversée toutes les complications possibles, et je me suis beaucoup attachée à elle. Elle présentait beaucoup de symptômes que l’équipe médicale ne pouvait pas traiter, des problèmes d’interactions médicamenteuses, chaque traitement ayant des effets secondaires qu’elle supportait difficilement. 

Un matin, nous attendions l’arrivée de sa maman, je la regardais tandis qu’elle terminait son biberon, me disant qu’il nous fallait changer de point de vue pour elle, faire intervenir d’autres métiers du soin qui pouvaient avoir une autre lecture de ses difficultés, ostéopathe par exemple, et tenter une autre approche, pour progresser, pour l’aider, pour une approche complémentaire.

Mais qui pourrait comprendre finement les difficultés spécifiques des enfants prématurés ? Même pour un ostéopathe, il faudrait un ostéopathe spécialisé… Qui pourrait s’en occuper ? 

J’ai eu l’impression que ce pourrait être moi. 

Alors j’ai effectué des recherches pour savoir si les études menant au diplôme d’ostéopathe étaient accessibles aux infirmières. Une école en région parisienne le permettait, sous réserve de valider des modules complémentaires…et j’ai su alors que je me devais de le faire.

J’ai monté un projet de financement, rejoint l’école un an plus tard, effectué les 5 ans d’études et les stages en parallèle de mon travail en réa néo nat, et obtenu le diplôme à l’issue du mémoire. Les études étaient intenses, le rythme aussi. A chaque fois que je doutais, que je me sentais trop fatiguée, je repensais à Nihel, à son courage. Je faisais tout ça pour elle, pour les enfants, j’étais venue chercher des réponses, un autre point de vue, des compétences pour apporter une aide complémentaire dans le parcours de soin de ces enfants… Mon engagement moral envers elle m’a portée tout au long du parcours.

Un an plus tard, je faisais une formation complémentaire en ostéopathie pour bébé – périnatale et pédiatrique – pendant que j’exerçais en cabinet libéral en tant qu’ostéopathe et à temps partiel en réanimation néonatale. 

Nihel a eu 8 ans à l’issue de mon parcours, je n’ai jamais pu lui dire à quel point elle a changé ma vie, donné un sens à mon travail. Peut-être qu’un jour, j’aurais l’immense privilège de la remercier.

En quoi l’ostéopathie pour bébé vous semble-t-elle importante voire essentielle pour le soin et le développement des enfants ?

L’ostéopathie pour bébé peut à mon sens être support au développement des enfants, nés à terme ou prématurément. Elle est un soin de confort et de bien-être qui peut permettre à l’enfant de se libérer de tensions et de contraintes de positionnement liées à un inconfort, une sensation douloureuse ou une préférence de positionnement, qui peuvent influencer sa croissance et son développement. Il se peut que certaines difficultés et symptômes que peut présenter votre enfant relève du champ de compétences de l’ostéopathie pour bébé. Ce peut être le cas des reflux, des coliques, des difficultés d’alimentation, des troubles du sommeil, et de certains troubles moteurs. En ostéopathie, nous prenons en charge les troubles fonctionnels, et travaillons en complémentarité avec les médecins mais aussi les kinés, orthophonistes, podologues, psychomotriciens…

En quoi l’ostéopathie pour bébé peut-elle être particulièrement utile pour nos enfants nés prématurément ?

Ainsi que je l’ai expliqué aux équipes médicales et soignantes de réa néo nat, de pédiatrie et de l’unité kangourou de Béclère, les enfants nés prématurément vont cumuler les problématiques liées à la naissance et celles découlant de la prématurité. 

En effet, les nouveaux nés, à terme et prématurés vont subir les mêmes types de contraintes anténatales, in utero et celles liées à leurs conditions de naissance. Par exemple, leur position in utero peut induire un positionnement préférentiel à la naissance qui, s’il n’est pas traité en ostéopathie peut conduire à des complications souvent à l’origine des plagiocéphalies*. Également, les conditions de naissance peuvent induire des tensions chez le bébé, notamment lors de l’utilisation de forceps ou quand le travail a duré très longtemps et même en cas de césarienne.

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Les enfants nés prématurément vont rencontrer ces difficultés auxquelles vont s’ajouter les contraintes liées à la prise en charge en salle de naissance et aux soins post partum : les contraintes de la ventilation mécanique sur les os de la face, le crâne, la trachée, le diaphragme et la cavié abdominale ; les contraintes de positionnement, les contraintes liées aux soins et aux stimulations nociceptives**. Tout cela peut engendrer un inconfort, des tensions repérables et des difficultés pour l’enfant qui va chercher à s’adapter à ce nouvel environnement.

L’intérêt d’une séance d’ostéopathie est de permettre à l’enfant de se libérer de ces contraintes, de soulager ces tensions, d’améliorer son confort et par là même, de lui permettre de mieux s’adapter dans la période néonatale. Les études ont montré qu’un suivi ostéopathique régulier en réanimation néonatale et jusqu’au retour à la maison permettait de réduire la durée de séjour à l’hôpital et de réduire les coûts d’hospitalisation, les bébés étant en meilleur état de santé et consommant de ce fait moins de médicaments et ayant besoin de moins de soins techniques. Ainsi, ils ont seulement besoin du temps qu’il leur est nécessaire pour grandir, sans être malades.

Quels conseils pourriez-vous donner aux apprentis parents qui suivent notre blog Petit mais Costaud – que leurs enfants soient nés prématurément ou non ?

Il est si difficile de répondre avec justesse et de façon généralisée à cette question de conseils. 

En tant qu’ostéopathe, je recommande de bien observer votre bébé.  Si votre enfant pleure souvent, semble inconfortable ou se tient toujours en arrière (posture en hyperextension), s’il adopte une position asymétrique dans tout son corps ou juste au niveau de la tête, d’un bras, d’une jambe, s’il se réveille très souvent…il pourrait avoir besoin d’une consultation.

Je vous recommande si vous consultez un ostéopathe de vérifier au préalable qu’il est formé à l’ostéopathie pour les bébés, qui est une prise en charge différente de celle des adultes. Pour l’enfant, il est préférable de consulter un ostéopathe spécialisé. 

En tant qu’infirmière, je ne peux que vous conseiller :

  • de le faire suivre régulièrement par un pédiatre ou un généraliste prenant en charge les nourrissons 
  • de garantir la sécurité de votre bébé, dans son lit, sur la table à langer et dans son siège auto principalement, de ne jamais le laisser seul
  • de le prendre dans les bras et de le porter aussi souvent et aussi longtemps que nécessaire
  • de ne pas le laisser pleurer tout seul

En tant que professionnelle de la petite enfance et aussi en tant que maman, je vous conseille :

  • de faire des choix qui correspondent aux besoins de votre enfant et de votre situation familiale, 
  • de demander de l’aide quand vous en avez besoin, 
  • de demander des informations et des conseils quand vous vous posez des questions, 
  • de prendre plaisir et de profiter de l’immense bonheur d’être parents et même quand c’est difficile, 
  • d’être sincères et de vous plaindre quand ça ne va pas 
  • de vivre le moment présent, de vous concentrer sur ce qui est réel ici et maintenant

Voici finalement le meilleur conseil que j’ai jamais reçu : « Faites-vous entièrement confiance, vous en êtes capable, votre enfant en est capable, faites-lui également pleinement confiance. »

Avoir confiance, c’est difficile, il faut éprouver cette confiance, obtenir des preuves que l’on peut avoir confiance en son bébé, et confiance en soi. Avoir confiance ne se décide pas. 

En revanche, faire confiance, accorder sa confiance, c’est une démarche, on peut le décider. Il faut s’accorder cette confiance en tant que jeunes parents. Sinon, les parents qui ne se font pas assez confiance écouteront tout le monde (monde médical, magazines, famille et amis, émissions…) plus qu’eux-mêmes, aux dépends d’eux-mêmes. 

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Faites-vous confiance, vous en serez capables et vous aurez confiance.

Avez-vous des projets en préparation dont vous aimeriez nous parler ?

Oui, tellement ! 

Mon principal projet est de mettre à profit mon expérience et mes compétences dans l’intérêt des enfants de l’hôpital. Je travaille actuellement et en collaboration avec les services de réanimation néonatale, maternité et pédiatrie néonatale à un projet d’accompagnement en ostéopathie des enfants nés prématurés. Il s’agit de proposer des consultations d’ostéopathie tout au long du parcours de soins de l’enfant prématuré, de sa naissance et à partir de la réanimation néonatale ou de l’unité kangourou, à la pédiatrie jusqu’au retour à la maison…et peut-être après, si l’enfant est suivi en HAD ou dans le cadre du réseau de suivi des enfants prématurés. C’est un projet auquel je tiens beaucoup, c’est ce pour quoi j’ai entrepris des études au départ, pour les enfants comme Nihel et tous les autres que j’ai pu croiser pendant ces années de réa.

Je collabore également avec le CLUD, comité de lutte contre la douleur du GH sud parisien, qui regroupe les hôpitaux de Béclère, Kremlin-Bicêtre et Paul Brousse. J’aimerais beaucoup avoir la possibilité de proposer des soins d’ostéopathie aux patients qui nécessitent l’aide des équipes mobiles de prise en charge de la douleur. A ce titre, avec l’équipe du service de réa néo nat, nous avons créé un groupe de travail appelé Happydol, autour de la prise en charge de la douleur de l’enfant prématuré, visant à améliorer les prises en charges et les pratiques de soin.

J’interviens également avec beaucoup de plaisir dans un projet de formation en simulation autour des besoins de santé du grand prématuré appelé Prémasim, et du nouveau-né en salle de naissance appelé Néosim. Notre équipe existe depuis deux ans et a déjà formé une centaine de professionnels. Ce projet fait l’objet d’un travail de recherche centré sur l’amélioration des besoins de santé du très grand prématuré. Je suis très fière d’avoir participé à la naissance de cette équipe.

Par ailleurs, je me consacre en ce moment au montage d’un site internet dédié à mon activité de consultation en ostéopathie pour bébé, enfants et adultes. Il sera bientôt prêt et mis en service !

Souhaitez-vous laisser vos coordonnées pour les parents qui aimeraient une consultation ?

Oui bien sûr, avec grand plaisir, que ce soit pour une consultation d’ostéopathie pour bébé, enfants ou parents, ou demander conseil, on peut me joindre au par téléphone 07 68 75 89 44 ou par mail à l’adresse severinepratosteo@gmail.com

Très bientôt, je serais en mesure de communiquer également via le site internet severinepratosteopathe.com 

Je consulte au cabinet Bien Naitre, situé au 38 rue Georges Clémenceau à Vanves, ainsi que ponctuellement au cabinet Corot, 7 rue Corot à Chatillon.

Un immense MERCI Séverine pour votre témoignage et votre engagement si important auprès de nos bébés!

*Plagiocéphalie : “la plagiocéphalie est une déformation du crâne du nourrisson lui conférant une forme asymétrique, souvent désignée comme le « syndrome de la tête plate ». Dans la grande majorité des cas, il s’agit d’une anomalie bénigne qui se résorbe avant l’âge de deux ans et résulte de la position couchée sur le dos du bébé. Mais, beaucoup plus rarement, cette asymétrie est le résultat de la soudure prématurée d’une ou plusieurs sutures crâniennes, une craniosténose, pouvant nécessiter une opération chirurgicale.” Source Passeport Santé.

** Nociception : “la nociception désigne l’ensemble des phénomènes  mis en jeu dans le système nerveux central en réaction à un stimulus douloureux qui active les nocicepteurs, autrement dit les récepteurs de la douleur. La plupart des douleurs que nous ressentons sont nociceptives.” Source Dictionnaire Médical.

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