Vous l’avez sûrement déjà entendu, peut-être dit vous-même : « tout se joue avant 6 ans ». D’où peut venir cette formule qui mystifie tant les premières années de vie, est-ce une réalité ou un mythe que l’on propage ? Et si elle est bien fondée, que se passe-t-il donc dans le cerveau de nos enfants qui leur donne une si grande soif d’apprendre à cet âge-là ? Nous tentons de comprendre dans cet article les enjeux des premiers apprentissages et surtout, nous explorons des pistes pour accompagner nos petits dans cette période de développement.

Tout se joue avant 6 ans : mythe ou réalité ?

Pourquoi dit-on que tout se joue avant 6 ans ?

Un livre est à l’origine de la propagation de cet adage. Le Dr Fitzhugh Dodson publie son ouvrage phare en 1970 et bouleverse ainsi les croyances des parents. Selon ce psychologue, les cinq premières années concentrent un ensemble d’apprentissages fondamentaux qui conditionnerait l’adulte en devenir. Tout se déterminerait donc à l’aube de l’existence ?

Bien que cette formule présente un aspect définitif, l’apprentissage se montre particulièrement vif au cours de cet intervalle de temps. Quelle peut en être la raison ? Elle se situe tout simplement dans le développement du cerveau. À la naissance, celui-ci n’est qu’au quart de son envergure finale et il va connaître une forte croissance jusqu’à 6 ans. En effet, en l’espace de trois mois, il aura déjà doublé de volume ! Ensuite, son expansion va ralentir la cadence et finalement atteindre sa taille adulte vers 15 ans
Cette augmentation phénoménale explique la capacité de super-cerveau de nos petits costauds les premières années. « Tout se joue avant 6 ans » ne signifie pas qu’après cet âge, tout espoir est révolu et que nos enfants ne pourront plus évoluer. Il indique seulement combien ces instants de vie sont favorables pour assimiler des connaissances.

Pourquoi les premières années sont-elles propices à l’apprentissage ?

D’après la pédagogie Montessori, avant 6 ans la compétence s’apprend, après 6 ans elle s’enseigne. Qu’est-ce que ça signifie ? Tout simplement que nos petits costauds profitent dans leurs premières années d’une plasticité incroyable de leurs cerveaux. Ils sont réceptifs à leur environnement et acquièrent de nouvelles capacités à la vitesse de l’éclair.

Jusqu’à 6 ans, l’apprentissage de nos enfants se réalise de manière instinctive, souvent sans notre intervention d’adulte. En effet, que ce soit le langage, la marche ou le fait de s’asseoir, nos bébés intègrent de nombreux savoir-faire naturellement. Durant cette période, l’intuition prévaut sur l’analyse
Un exemple frappant reste celui de l’acquisition d’une ou de plusieurs langues maternelles. N’avez-vous jamais été surpris par un enfant bilingue qui manie la langue de Shakespeare à la perfection, alors qu’il n’est pas plus haut que trois pommes ? Un enfant qui entend quotidiennement une langue étrangère avant ses 6 ans la parlera avec une facilité et une fluidité déconcertantes. Ce même apprentissage nécessite pourtant plusieurs années par la suite. Parfois, un cursus scolaire complet ne nous fera pas décrocher une phrase entière en anglais…

Quelles sont les étapes du développement de l'enfant ?

Quelles sont les étapes du développement de l’enfant ?

Nous avons découvert la faculté phénoménale d’apprentissage durant la période de 0 à 6 ans, mais comment s’exprime-t-elle concrètement sur cette période ?

De 0 à 2 ans : la découverte émerveillée du monde

De 0 à 2 ans, le feu d’artifice neuronal entre en action. Des milliards de connexions s’établissent et les yeux de nos petits découvrent avec curiosité leurs alentours. Chaque objet est une nouvelle surprise, chaque son un paysage de possible. Les cinq sens bouillonnent et bientôt l’éveil cédera la place à l’exploration.
Cette période se concentre sur les acquisitions fondamentales. La marche, le langage ou la propreté sont autant de compétences que notre enfant va progressivement appréhender. Nous vous évoquions en détail l’apprentissage de la langue chez nos enfants et comment, dès 18 mois, l’intonation et le rythme de la phrase leur permettent de déduire le sens d’un mot.

2 ans : la période charnière du « non »

Désormais, notre petit costaud prend conscience de son identité. Cette individualité entraîne son lot de colères parfois compliquées à gérer. Nous vous en parlions d’ailleurs dans notre article consacré au terrible two
L’année des deux ans est marquée par l’opposition à l’autorité et la gestion des émotions. Notre bébé commence aussi à travailler sa mémoire et à se souvenir de certaines tranches de vie comme les bougies sur un gâteau.

De 3 à 6 ans : en route vers l’autonomie

Ça y est, nos enfants ont acquis une certaine maturité motrice et musculaire (ce qui ne les empêchera pas de continuer à grandir !). La partie de son super-cerveau qui lui permet de raisonner, de planifier, de prendre des initiatives, de résoudre des problèmes et de gérer ses impulsions s’affine. 
Ces fonctions exécutives sont l’œuvre du cortex préfrontal, dont le développement se poursuivra jusqu’à l’âge adulte. De plus, sa maîtrise du langage s’enrichit, ses phrases se densifient et sa prononciation se clarifie.

Comment accompagner au mieux le développement des enfants ?

Que se passe-t-il après 6 ans ?

Vous vous en doutez, nos enfants ne vont pas soudainement se métamorphoser brutalement après 6 ans. Néanmoins, l’apprentissage évolue différemment après cette période. Comme nous l’évoquions précédemment, désormais les compétences s’enseignent et se révèlent donc moins spontanées.

Avec le début de la scolarité, de nouveaux enjeux apparaissent. Après la découverte de l’individualité vient celle de l’autonomie. On demande alors de la rigueur et de la discipline, ce qui se traduit par une catégorisation explicite de l’âge à venir : « 7 ans : l’âge de raison ». 

Nous le disions en début d’article et nous souhaitons le répéter ici : oui, les apprentissages sont plus rapides avant 6 ans, mais non, tout n’est pas figé après cet âge. Sachez qu’il n’est jamais trop tard pour faciliter l’apprentissage des enfants et construire une relation positive avec eux. Certes, les connaissances demanderont peut-être davantage de temps, ce qui ne signifie pas qu’elles ne seront jamais acquises. 
Les neurones se connectent tout au long de la vie, au fil des expériences. La vie psychique et cognitive de nos petits ne finit pas à 6 ans, ni même à 60 (ce qui est aussi une bonne nouvelle pour nous).

Comment accompagner au mieux le développement de nos petits costauds ?

En tant que parents, notre objectif est de faciliter l’apprentissage de nos enfants en leur offrant le plus de ressources possibles. Pour cela, les méthodes sont multiples. La musique peut servir d’une part à apprivoiser les émotions et les bouleversements que ressentent nos petits durant leurs croissances. En effet, elle se révèle être un formidable moyen d’expression et de communication. Les livres parviennent également à éveiller leurs super-cerveaux. Les thèmes foisonnent et vous pourrez adapter leurs formats et leurs sujets selon l’âge et l’intérêt qu’ils manifestent. 

Une méthode ludique a plus de chance de séduire nos mini-boules d’énergie, c’est pourquoi les jeux fonctionnent à merveille pour les stimuler. En effet, ils constituent une ressource inépuisable pour leurs esprits en construction. Apprendre en jouant crée des images mentales puissantes et transmet des préceptes forts en conservant une part divertissante. Nous vous donnions quelques pistes à expérimenter dans cet article sur les associations d’idées
L’aspect essentiel est d’écouter les besoins de nos petits costaud. S’ils témoignent un goût particulier pour un sujet, essayez de le développer avec eux et de leur fournir toute l’aide nécessaire.

La période charnière de 0 à 6 ans évoque aussi l’importance des 1 000 premiers jours. Ce concept est abordé dans le rapport notamment rédigé par la psychothérapeute Isabelle Filliozat, la gynécologue Alexandra Benachi et le neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Il partage un aperçu de la prématurité, encore largement méconnu, en tant qu’enjeu de société. Une question au cœur du projet Petit mais Costaud.

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Petit mais costaud

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