Nous vous partageons le témoignage d’Estelle, maman d’une petite costaud, dans une lettre touchante écrite à sa fille.

Un grand merci à Estelle pour sa confiance.

Lettre à ma fille

Ma fille, tu fais partie des 0.4% de bébés qui, chaque année en France, naissent extrêmes prématurés. 

Ma grossesse avait pourtant bien démarré, malgré les nausées et vomissements qui ont ponctué les quatre premiers mois. C’est lors de l’échographie du deuxième trimestre que l’on a découvert ton petit poids et le ralentissement du flux sanguin dans mes artères utérines. L’échographiste m’a donné rendez-vous un mois plus tard pour un contrôle, sans se montrer inquiet. Mais à l’issue de cet examen, tout a basculé. Tu n’avais presque pas grossi et tu avais désormais un retard de croissance sévère. Les échanges entre nous étaient quasiment inexistants. En bref, mon corps n’arrivait plus à te nourrir.

J’ai été hospitalisée le soir même, avec l’espoir de te garder au creux de moi le plus longtemps possible. J’ai reçu des piqûres de corticoïdes pour faire maturer tes poumons. Mais au bout de quatre jours, lors du monitoring matinal, tu ne te réveillais pas. La sage-femme m’a fait descendre en salle de naissance, m’indiquant que c’était par précaution. Puis la gynécologue m’a annoncé que j’allais accoucher, qu’il n’y avait plus le temps pour me poser une péridurale et que j’aurai une anesthésie générale.

Tu as vu le jour pendant que je dormais et que ton père attendait dans une pièce à côté. Tu pesais seulement 550 grammes. Pendant de longues minutes, tu n’as pas respiré. Tu as dû être réanimée. Les mains qui t’ont touchée pour la première fois n’étaient pas les miennes. Des machines sont venues remplacer mon corps défaillant, duquel on t’a arrachée pour que tu puisses connaître cette vie.

Je n’ai pu te rencontrer que 24 heures après avoir accouché, alors que je suppliais les infirmières de me laisser descendre dans le service de réanimation néonatale.

Lorsque je t’ai enfin vue, tu étais minuscule au milieu de ta couveuse chaude et humide. Tu respirais grâce à une sonde d’intubation et tu étais sédatée pour ne pas ressentir la douleur. Je ne savais pas que l’on pouvait donner des médicaments si forts à un si petit bébé. Tu avais un cathéter, une sonde naso-gastrique, des électrodes collées au corps et reliées à une machine mesurant en continu tes constantes vitales. Tu étais extrêmement fragile et pourtant, une infirmière m’a proposé de te prendre en peau à peau. J’ai immédiatement accepté. Mais j’étais dans un tel état de choc que j’ai oublié ce moment et une grande partie de tes premiers jours de vie. J’ai compris plus tard que cette amnésie était une façon de me protéger de ce tourbillon d’évènements traumatiques.

En revanche, je me souviens parfaitement de notre deuxième peau à peau, quatre jours après ta naissance. Une infirmière t’a posée contre moi, tu tenais entre mes seins. A ton contact, j’ai ressenti une chaleur immense, une vague d’amour indescriptible, la sensation d’enfin te retrouver. Je t’ai parlé pendant des heures, sans m’arrêter, tout en bougeant le moins possible par peur de débrancher l’un des fils qui te maintenait en vie. 

Le chemin a été long, tu le sais, c’est toi qui t’es battue. Ton pronostic vital a été engagé pendant de nombreuses semaines. Mais, alors que nous étions hantés par le spectre de la mort, je n’ai pensé qu’à la vie. J’ai tiré mon lait pendant de nombreux mois, avec l’espoir que chaque goutte t’aide à te développer. De mon côté, le peau à peau m’a sauvée : te sentir contre moi chaque jour, c’est ce qui m’a maintenue en vie pendant tes quatre mois d’hospitalisation.

A l’hôpital, si chaque progrès est une victoire, chaque victoire reste teintée de la crainte d’un retour en arrière, au sujet duquel les médecins nous mettaient constamment en garde. Mais malgré les infections, transfusions, arrêts cardiaques, bradycardies, désaturations, les examens incessants et les transferts insoutenables d’un hôpital à un autre, tu nous as montré à quel point tu avais envie de vivre. Alors nous avons célébré chaque avancée : le passage de l’intubation au masque puis aux lunettes à oxygène, la fermeture du canal artériel, le retrait du cathéter, l’augmentation des quantités de lait dans la sonde naso-gastrique, la couveuse ouverte, l’arrêt d’un médicament, puis d’un autre, ton premier body, ton premier bain, ta première tétée, ton premier biberon, tes premiers pleurs… et le triomphe ultime, après 116 jours de combat acharné : ton arrivée à la maison !

La prématurité ne nous a toutefois pas quittés au seuil de l’hôpital. Nous devons encore composer avec les rendez-vous médicaux, les échographies, les prises de sang, la psychomotricienne, l’importance de chaque gramme en plus affiché sur la balance, l’âge corrigé, l’interdiction de collectivité, la peur latente des séquelles qui peuvent apparaître dans plusieurs années, et l’incompréhension de ceux qui n’ont pas vécu la prématurité.

Mais notre quotidien est surtout rempli d’espoir et bercé par l’amour infini que je te porte, par la douceur et la joie de vivre qui t’habitent, et par la puissance et la résilience dont tu fais preuve à chaque instant.

Aujourd’hui, ma fille, je ressens le besoin de raconter ton histoire, de raconter la prématurité, encore et encore. Je crois que la parole et l’écriture sont thérapeutiques. J’ai également l’espoir qu’elles contribuent à rendre ce sujet moins tabou, plus connu, mieux compris. Mais si je raconte, c’est surtout pour crier sur tous les toits à quel point tu es forte. A quel point je suis chanceuse d’être ta maman. Et pour dire à toutes les femmes qui traversent la maternité comme on traverse un tsunami : la lumière viendra.

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